EQUIPE TECHNIQUE
Réalisateur : Peter Fleischmann
Scénario : Jean-Claude Carrière, Martin Walser, Peter Fleischmann
D’après le roman "La Faille" d’Antonis Samarakis
Producteurs : Raymond Danon, Jacques Dorfmann
Sociétés de production : Belstar Productions (Paris), Films 66 (Paris), Lira Films (Paris),
Hallelujah-Film GmbH (München), Maran Film GmbH (München), Explorer Film (Roma)
Directeur de la photographie : Luciano Tovoli
Ingénieur du son : Paul Bertault
Décors : Dionyssis Fotopoulos
Montage : Claudine Bouché
Musique : Ennio Morricone
Première sortie française : 18 juin 1975 (Gaumont) - Affiche créée par Topor
Tournage : Août-octobre 1974 - Grèce : Athènes - Nauplie (Les Argolides)
EQUIPE ARTISTIQUE
Michel Piccoli : L’enquêteur
Ugo Tognazzi : Georgis
Mario Adorf : Le manager
Adriana Asti : La maîtresse de Georgis
Dimos Starenios : Le directeur de la police
Antonis Samarakis : Un homme arrêté au commissariat
HISTOIRE
Dans un pays imaginaire, un homme (Ugo Tognazzi) est arrêté pour une raison qu’il ignore. Deux inspecteurs d’une police spéciale (Michel Piccoli et Mario Adorf)
l’escortent en voiture pour mieux l’interroger à la "Centrale".
AUTOUR DU FILM
Au cours des années 70, Michel Piccoli participe, en tant qu’acteur et parfois coproducteur, à plusieurs films politiques, dans la mouvance des « fictions de gauche » incarnée par Elio Petri en Italie (Todo modo), Yves Boisset, Jean-Louis Bertuccelli ou Francis Girod en France (L’Attentat, L’Imprécateur, L’État sauvage). Piccoli a toujours eu l’intelligence de ne pas vouloir s’attribuer le beau rôle, et interprète régulièrement dans ces films des valets du pouvoir, ou de figures de la répression policière. Dans ce regroupement de films aux ambitions politiques, La Faille (1975) de Peter Fleischmann requiert une attention particulière. Peter Fleischmann (1937-2021) était l’un des principaux représentants du nouveau cinéma allemand apparu dans les années 1960-70, remarqué sur le plan international grâce à Scènes de chasse en Bavière (1969) dans lequel il auscultait le lynchage d’un jeune mécanicien soupçonné d’homosexualité. Fleischmann était premier assistant réalisateur sur le tournage de La Voleuse de Jean Chapot, où il rencontre Piccoli. La Faille est une coproduction européenne dont l’action se déroule dans une dictature fasciste, clairement identifiable comme la Grèce des colonels. Un modeste employé est arrêté sur un malentendu, et interrogé par un agent des forces spéciales qui le soupçonne de se livrer à des activités subversives. Le film se résume à un face-à-face psychologique entre un commissaire zélé (Piccoli) et un homme ordinaire victime d’une injustice (Ugo Tognazzi), qui débute dans les bureaux de la police et se prolonge durant un déplacement en voiture à travers le pays. La beauté des paysages ensoleillés contraste avec la tension qui s’installe entre les deux hommes, et la menace constante d’une exécution sommaire. Le film de Fleischmann, coscénarisé par Jean-Claude Carrière d’après un roman d’Antónis Samarákis, détonne dans la longue généalogie des fictions politiques de l’époque, en raison de ses qualités d’abstraction et du déplacement topographique d’une enquête kafkaïenne aux multiples coups de théâtre dans la campagne méditerranéenne. Ugo Tognazzi est remarquable dans un contre-emploi, tandis que son complice de La Grande Bouffe excelle à distiller à la fois de l’inquiétude et de la violence dans un personnage de fonctionnaire pris à son propre piège.
Oliver Père (Directeur général d’ARTE France Cinéma et directeur de l’Unité Cinéma d’ARTE France).